vendredi, 02 mai 2008

Alcan-Rio Tinto III

A ce jour M. le député Michel Bouvard n'a donné aucune réponse à ma lettre ouverte concernant la situation de l'usine Alcan-Rio Tinto.

M. le sénateur Jean-Pierre Vial a de nouveau adressé une question mardi à Mme la ministre Christine Lagarde lors de questions au gouvernement.
C'est Mme Anne-Marie Idrac, secrétaire d'Etat chargée du commerce extérieur qui lui a répondu ce qui suit:
« Alcan, qui emploie plus de 15 000 personnes en France sur 49 sites, a fait l'objet d'une offre publique d'achat amicale du groupe anglo-australien Rio Tinto. Le 4 octobre dernier, Rio Tinto a pris envers le Gouvernement des engagements précis quant à la pérennité de l'activité de recherche et développement en matière d'électrolyse assurée par les centres de Rhône-Alpes et à la sécurité d'approvisionnement des industries aéronautiques et de défense à partir de sites français.
Christine Lagarde, qui suit ce dossier de près, a eu l'occasion d'évoquer le sort du site de Saint-Jean-de-Maurienne avec Paul Skinner, président de Rio Tinto. Le Gouvernement souhaite qu'une activité industrielle solide et compétitive y soit maintenue. Ce site est une plate-forme de démonstration pour les innovations développées en Rhône-Alpes, et la recherche comme l'innovation constituent des enjeux cruciaux pour le maintien d'une base industrielle forte en France -la réforme du crédit d'impôt recherche en témoigne. L'avenir du site repose également sur les conditions d'accès à l'énergie à moyen et long terme. Le projet Exeltium, en attente de l'accord de la Commission européenne, permettra aux industries électro-intensives de sécuriser leur approvisionnement en électricité.
A la demande de Rio Tinto, la direction du site doit proposer mi-2008 un plan d'action visant à en faire un des plus compétitifs au niveau mondial d'ici 2012. Il s'agit d'un préalable à toute décision. Le ministère de l'économie sera attentif à l'évolution de ce dossier. »

Cette réponse ne mentionne qu'une seule date « le 4 octobre dernier (2007) » qui remonte à 7 mois en arrière. Elle reprend la communication du groupe sur le rôle central de l'usine de Saint Jean dans le pôle Rhône-Alpes pour la recherche. Elle évoque le projet Exeltium sans paraître savoir qu'il y a quelques soucis de ce côté-là.
Quant au plan d'action évoqué s'agit-il de celui qui a été dévoilé au personnel de l'usine voilà une dizaine de jours?


Voici la réponse de M. Jean-Pierre Vial: « Je remercie les membres du Gouvernement et les fonctionnaires qui suivent ce dossier depuis plusieurs mois. Toutefois, je ne crois en rien aux engagements pris par Rio Tinto envers le Gouvernement. Rio Tinto ment en prétendant vouloir moderniser le site car le groupe a abandonné le projet de doublement de sa capacité de production, condition de sa survie. Les industriels et les techniciens savent que ce site ne peut survivre dans ces conditions.
La vente de l'activité transformation et emballage ne doit pas être autorisée car l'avenir du site de Saint-Jean-de-Maurienne, comme celle d'autres centres de production d'aluminium en France, en dépend. Si Rio Tinto ne peut garantir la survie du site, qu'il le mette en vente pour trouver un repreneur. Je remercie Mme le ministre de l'attention qu'elle porte à ce dossier car l'avenir du site dépend de la vigilance du Gouvernement. »

« L'avenir du site dépend de la vigilance du Gouvernement. » donc que faudra-t-il en conclure si les choses tournent mal pour le site? C'est osé, non? pour un sénateur UMP.
De là à penser que la première phrase de sa réponse n'est pas complètement sincère..

samedi, 26 avril 2008

Alcan-Rio Tinto II

Pour acheter l'usine il faut 300 millions d'euros. Or l'usine produit un bénéfice de 100 millions par an et cela au moins jusqu'à la fin de son actuel contrat énergétique avec EDF (2012 ou 2015).
100 millions par an pour encore 3 ans (et jusqu'à 7 ans) si la transaction se fait rapidement.
Et après la fin du contrat un bénéfice de 20 à 30 millions pendant encore quelques années, même s'il n'y a aucun investissement, aucune transformation et même si l'on en arrive à la fermeture...

Il y a de quoi attirer bien des appétits, surtout si la vente de l'usine se fait rapidement. Il s'agit donc, si reprise il y a, de se montrer particulièrement vigilants sur les garanties apportées. Car, à part servir quelques intérêts privés, à quoi cela servirait-il de vendre l'usine à des repreneurs qui ne proposeraient pas de projet industriel d'avenir?
La position de M. le maire de Saint Jean de Maurienne qui consistait à dire au dernier conseil: ce sera difficile de trouver des repreneurs mais il faut tout faire pour en trouver (sans dire qu'il faudra avant tout être attentif au projet proposé par des repreneurs) me semble de ce fait particulièrement inappropriée. Parce que:
1)il y avait eu une offre de reprise effective quelques jours avant (et que cela commençait à se savoir)
2)peu de personnes savent au juste en quoi consiste ce projet de reprise
Il ne s'agit pas de philanthropie (qu'il y ait ou non des anciens de Péchiney derrière ce projet de reprise), il y a des millions en jeu.
D'où mes questions (pour l'instant sans réponse) à M. le député Michel Bouvard, en particulier, qui sont les repreneurs potentiels?
J'ajouterai: Combien sont-ils prêts à investir dans l'usine? 

Par ailleurs, des repreneurs (les mêmes?) avaient déjà essuyé un refus de la part du groupe Alcan il y a deux ans. Qu'en sera-t-il cette fois? Il n'y a pas de signe que le groupe Alcan-Rio Tinto souhaite actuellement vendre l'usine. Ira-t-on jusqu'à l'y inciter fortement?

Loin des vaines agitations et des propos de "va-t-en guerre" de certains chefs locaux, il semble qu'un bras de fer soit sur le point de s'engager entre le gouvernement et le groupe Alcan-Rio Tinto. On peut noter cette question au Sénat de M. Jean-Pierre Vial le 10/04/2008 à Mme la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi:
Projets industriels du groupe Alcan-Rio Tinto en vallée de la Maurienne
13 ème législature
Question orale sans débat n° 0208S de M. Jean-Pierre Vial (Savoie - UMP)
publiée dans le JO Sénat du 10/04/2008 - page 692

M. Jean-Pierre Vial attire l'attention de Mme la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi pour que le Gouvernement obtienne du groupe canadien Alcan-Rio Tinto des informations précises sur les projets industriels du groupe en France dans le domaine de la production de l'aluminium et notamment sur le site de Saint-Jean-de-Maurienne. Alors que le groupe représentait plus de 25 000 emplois il y a quatre ans, les OPA successives et les cessions d'activité qui en sont résultées, réduiraient l'activité du groupe, à la seule activité de l'aluminium ce qui représenterait moins de 5 000 salariés, si la cession de l'emballage et de la transformation était autorisée. Or, cette réduction accélérée du périmètre d'activité d'Alcan-Rio Tinto en France, n'offre pas pour autant des garanties sur la pérennité de la production de l'aluminium, notamment en Savoie, bien au contraire. L'opacité et la contradiction des informations du groupe Alcan-Rio Tinto et l'absence d'un réel projet industriel, doivent conduire le Gouvernement à obtenir des informations précises et sérieuses, compte tenu des obligations et des garanties que le groupe Alcan-Rio Tinto doit donner en matière de garanties industrielles, environnementales et bien évidemment sur le plan économique et social, mais aussi en matière de garanties industrielles et de qualité environnementale des sites industriels abandonnés.

Le passage suivant est tout particulièrement intéressant. « Alors que le groupe représentait plus de 25 000 emplois il y a quatre ans, les OPA successives et les cessions d'activité qui en sont résultées, réduiraient l'activité du groupe, à la seule activité de l'aluminium ce qui représenterait moins de 5 000 salariés, si la cession de l'emballage et de la transformation était autorisée. » Il semble qu'il y ait là un moyen d'action possible sur le groupe. Le groupe Alcan-Rio Tinto a en effet annoncé sa volonté de vendre sa division packaging et transformation du métal et cette vente est apparemment suspendue à une autorisation de l'Etat.
On en saura davantage dans les jours qui viennent avec la réponse de Mme la ministre.

mercredi, 23 avril 2008

Lettre ouverte à Monsieur le député Michel Bouvard

Monsieur le député,


vous n'êtes pas sans savoir l'importance attachée à l'usine Alcan-Rio Tinto de Saint-Jean-de-Maurienne par ses salariés, ses sous-traitants, toute une ville et au-delà toute une vallée. Or, aujourd'hui, il existe de fortes interrogations au sujet de son avenir, sinon immédiat, du moins proche.

M. le maire de Saint-Jean-de-Maurienne a évoqué en conseil municipal le 3 avril 2008 la nécessité de trouver une « alternative » et l'existence de repreneurs potentiels. Mais il semble nécessaire, s'agissant d'une question aussi essentielle, que la population mauriennaise dispose de davantage d'informations.
Aussi vous demandè-je de bien vouloir préciser certains points: que faut-il penser de ce projet de reprise alors que le groupe Alcan-Rio Tinto ne souhaitait pas vendre l'usine il y a deux ans et qu'il a largement communiqué sur le rôle central de l'usine de Saint Jean dans le pôle Rhône-Alpes pour la recherche?
Qui sont les repreneurs potentiels?
Quelles garanties aurait-on que ces repreneurs proposent une alternative durable pour l'usine?

Une copie de ce courrier sera publiée demain sur mon blog personnel (http://lemodemenmaurienne.hautetfort.com/) et je m'engage à publier votre réponse.

Avec l'expression de mes sentiments distingués.
 
Florence Arnoux Le Bras
Tête de liste aux municipales 2008 à Saint-Jean-de-Maurienne 

lundi, 21 avril 2008

Alcan-Rio Tinto I

Jusque là on nous garantissait que le consortium Exeltium allait régler les problèmes énergétiques de l'usine Alcan-Rio Tinto de Saint Jean de Maurienne.
Or, aujourd'hui, alors qu'il en va de l'avenir des salariés et même de l'avenir d'une ville, il semble que la survie de l'usine après 2012 (ou 2015), date de la fin de son contrat avec EDF, soit menacée.

Au conseil municipal du 3 avril 2008, M. Charvoz dit ses inquiétudes par rapport au sort de l'usine et, secondé par M. G. Nagi, "jette de l'huile sur le feu". En effet, il énumère un certain nombre de "constatations": 

- On annonce une réduction des effectifs prévue pour l'automne (intérimaires non reconduits...)

- Le groupe Alcan prend toujours la décision de fermer une usine quatre ans avant la fermeture effective (2008 pour 2012)

- L'attitude d'Alcan-Rio Tinto est très négative. Le groupe ne s'est pas bien comporté dans le cadre du consortium Exeltium et n'a pas obtenu l'énergie nécessaire pour Saint Jean à un prix garantissant la rentabilité de l'usine. Ils n'ont pensé qu'« à porter plainte contre EDF » (Alcan-Rio Tinto est en procès avec EDF pour obtenir une prolongation de son contrat énergétique jusqu'en 2015).

- Ils ont prévu de construire en Algérie une usine aux capacités bien supérieures.

- Alcan-Rio Tinto va vouloir fermer l'usine, sans chercher à la vendre: « Les craintes que j'avais se vérifient. On nous fait le coup d'Arcelor-Mittal. Je serai d'autant plus dur avec le groupe que j'avais demandé à son président une entrevue, il ne m'a jamais répondu. Il faut de la transparence » (citation de M. Charvoz dans le DLdu 5 avril 2008)

Tout ceci ne peut manquer d'entretenir l'agitation sociale à l'intérieur de l'usine- et ça ne va pas aller en s'arrangeant dans les semaines qui viennent.

Dans le même temps, M. Charvoz assure qu'il a les choses en mains: « L'affaire est suivie par l'Elysée, Matignon, le ton va se durcir... » et qu'il y a une «alternative» : le rachat par des investisseurs privés. Or justement M. Charvoz évoque des repreneurs potentiels qui se seraient manifestés récemment. Mme Jeanine Gippa, membre de l'ancienne majorité municipale, précise qu'il y a déjà eu une offre de faite il y a deux ans. M. Charvoz dit que c'est impossible, c'est tout nouveau. Qui croire?

M. le maire de Saint Jean de Maurienne a l'air sûr de son fait. Mais il est utile sans doute de poser certaines questions:

Que penser de ce projet de reprise alors que le groupe Alcan-Rio Tinto ne souhaitait pas vendre l'usine il y a deux ans et qu'il a largement communiqué sur le rôle central de l'usine de Saint Jean dans le pôle Rhône-Alpes pour la recherche?

Qui sont les repreneurs potentiels?

Quelles garanties aurait-on que ces repreneurs proposent une alternative durable pour l'usine?

Je retranscrirai demain sur ce blog le courrier adressé à M. Michel Bouvard, député de Maurienne et président de la Commission de surveillance de la Caisse des Dépôts et Consignations.