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jeudi, 20 novembre 2008

Chapitre 5: En grève

 

Je suis en grève. Cela n'a pas été une décision ni facile à prendre, ni facile à appliquer ce matin et j'avoue que, même si je sais que mes élèves ne m'en voudront sûrement pas, je me sens mal de ne pas aller bosser. C'est la première fois que je fais grève depuis onze ans que je travaille pour l'éducation nationale.

 

J'ai beaucoup de mal à parler enseignement et/ou éducation sur ce blog, je l'ai déjà dit, c'est très sensible.

Une chose est sûre, je ne fais pas cette grève dans la clandestinité. Je compte bien afficher mon engagement et pas seulement sur ce blog. Car c'est probablement une des dernières chances de faire entendre une voix essentielle, celle de l'école républicaine, celle qui forme des citoyens.

Ni celle des profs, ni celle des parents d'élèves.

 

Je ne fais pas cette grève par corporatisme.

Je suis enseignante, ce qui me donne un moyen d'action. Mais, si je m'engage, c'est surtout en tant que mère de famille et citoyenne.

 

Pourquoi?

 

Il y a la réforme qu'on annonce et qui fait peur.

Mais, aujourd'hui, il existe déjà -car elles ont été votées au budget par l'assemblée- des mesures qui montrent que la seule logique qui compte désormais en matière d'éducation est celle de l'économie.

C'est une logique que je comprends et que je souhaiterais que le gouvernement s'applique à lui-même.

Pourtant, appliquée à un système scolaire qui doute et qui est en crise depuis longtemps, je crois que cette logique est aujourd'hui susceptible de condamner ce système qui est pourtant un des fondements de notre société.

La vraie question est une question de société, pas un malaise enseignant aussi grand soit-il: quelle école voulons-nous? Quel rôle lui donnons-nous dans la société?

 

Je fais partie de ceux qui pensent, comme François Bayrou, que, si des économies doivent être faites, ce n'est pas aux dépens de l'éducation.

 

Pour donner juste un exemple.

Oui, certaines suppressions de poste peuvent s'expliquer par une baisse des effectifs.

 

Non, la suppression des RASED (réseaux d'aides spécialisées aux éléves en difficulté), des maîtres ayant suivi une formation spéciale pour intervenir auprès des élèves qui présentent des troubles de comportement ou en difficulté dans leur apprentissage, n'est pas justifiable.

Que l'aide de ces réseaux en primaire et en maternelle ait été insuffisante pour régler tous les problèmes, sans doute.

Mais faut-il supprimer tout remède qui ne suffit pas à lui seul à guérir le mal?

Cette aide avait l'avantage de pouvoir se faire, sur le temps scolaire, dans les classes ou en dehors et sans autorisation parentale, ce qui n'est pas le cas des heures d'aide personnalisée créées en compensation des heures supprimées le samedi matin.

 

La réalité sociale fait qu'aujourd'hui on a du mal à scolariser certains enfants et c'est un énorme problème pour notre société. Car si nous échouons à leur apprendre les bases scolaires, à les alphabétiser, nous échouons le plus souvent aussi à en faire de futurs citoyens.

Pourquoi supprimer ce qui permettait au moins de réduire certaines fractures? Pour faire des économies en remettant les maîtres qui travaillaient dans les RASED devant des classes et en évitant ainsi certains recrutements pour les prochaines rentrées.

 

Qui viendra en aide à ces enfants? Personne.

Comment s'intégreront-ils aux classes? Mal, pour eux et pour les autres enfants scolarisés.

Que pourront faire les maîtres qui doivent s'occuper de l'ensemble de leur classe? Rien.

 

C'est ce qu'on appelle « l'égalité des chances ».

 

Même si l'on regrette que personne n'ait bougé pour défendre les heures du samedi matin, même si l'on n'est pas satisfait par les moyens utilisés pour se faire entendre et même si l'on porte un message un peu différent, il y a un moment où il faut dire non.

 

Trackbacks

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Commentaires

On est solidaire avec les prof.

Ecrit par : Hervé Torchet | jeudi, 20 novembre 2008

Bonjour....Je n'ai pas entendu de réponses crédibles pouvant justifier la suppression des réseaux d'aides aux élèves en difficultés. C'est une hérésie car c'est une politique que l'on paiera très cher dans les années à venir. Chacun sait que dans le monde actuel l'éducation de nos enfants est essentielle et que "l'investissement" fait aujourd'hui permettra en effet de former les citoyens de demain. C'est pour ceci que je comprends votre démarche et votre réflexion ains que votre décision de ce jour.

Ecrit par : Daniel MEINDRE | jeudi, 20 novembre 2008

Très beau billet

Ecrit par : Claudio Pirrone | jeudi, 20 novembre 2008

"une logique que je comprends et que je souhaiterais que le gouvernement s'applique à lui-même."

Excellement dit, bravo Florence. Et je regrette aussi "que personne n'ait bougé pour défendre les heures du samedi matin" (quitte à les déplacer au mercredi matin, ce qui a été brièvement envisagé, excellente idée, et aussitôt abandonné).

Moi que les grèves à répétition de l'EN énervent un peu, là, je n'ai pas trouvé grand chose à redire, exactement pour cette raison :

"des mesures qui montrent que la seule logique qui compte désormais en matière d'éducation est celle de l'économie."

Avec toute l'estime que j'ai pour M. Darcos (et elle est grande), il me semble que sa civilité sert aujourd'hui de cache-misère à notre politique éducative. Suis-je dans l'erreur ? Je voudrais l'être.

Ecrit par : FrédéricLN | jeudi, 20 novembre 2008

+1 à l'article.

Ce gouvernement joue avec le feu avec ses approches uniquement comptables... ou alors il sait parfaitement ce qu'il fait. Dans les deux cas ça fait froid dans le dos...

Ecrit par : florent | jeudi, 20 novembre 2008

Il y a qu'en même une question qui doit être posée, qu'elle fasse plaisir ou pas.

Pour quoi notre système scolaire est en même temps parmi les plus chers et parmi les moins efficaces d'Europe!

Cette question, il faut se la poser avant même de penser à augmenter les moyens pour l'éducation. Il ne sert à rien d'augmenter infiniment les moyens si le système n'est qu'une grosse machine à produire des chômeurs mal formés pour la vie active. Parce que dans ce cas, l'augmentation des moyens ne fera qu'amplifier le dysfonctionnement!

Regardons d'abord pourquoi l'efficacité est si faible, trouvons les solutions, puis investissons uniquement sur les solutions!

Ecrit par : philippe, | samedi, 22 novembre 2008

Un condensé de clichés auxquels, j'espère, l'auteur de ce blog répondra fermement.

Ecrit par : florent | samedi, 22 novembre 2008

@ Florent,
Oui bien sûr, c'est un raisonnement venant du monde de l'entreprise, et je l'assume.

Mais quelle horreur, Vade Retro Satanas, l'entreprise nous attaque, avec ses méthodes de rentabilité capitaliste, au secours, à la grève...

Juste quelques chiffres:

Montant de la Dette publique : 1330 Milliards d'euros, 66% du PIB, 4 fois le budget de l'État, 18 000€ par tête d'habitant!
Montant des intérêts: 50 Milliards d'euros, 20% du budget de l'état, 90% des impôts sur le revenu.

Puis d'autres vérités:

– 6% des élèves sortent sans diplôme et sans qualification, une baisse effective qui cache la forêt misérable:

– De ceux très nombreux qui, on en connait tous, mal orientés, vont dépérir en première année de Fac, puis abandonner sans formation.
– De ceux qui se retrouvent avec des formations obsolètes, ne correspondant plus à la réalité économique, et qu'il faut reformer de A à Z.
– De ceux qui se retrouvent bardés de diplômes théoriques mais n'ont absolument pas idée de ce que peut-être une entreprise.

Désolé, mais la réalité est crue. Et il faut l'affronter. On ne peut dépenser plus d'argent en arrosant tout de façon aveugle. C'est stupide! Gardons ce qui marche, réformons et corrigeons ce qui ne fonctionne pas, puis investissons massivement dans les solutions.

Si je suis sévère c'est que je pense que l'éducation est primordiale. Mais elle doit être efficace, pointue et coller constamment à la réalité du temps...

Ecrit par : philippe, | samedi, 22 novembre 2008

@ Philippe: Je n'ai pas parlé dans cet article d'augmenter les moyens pour l'éducation.
Et pour cause: rajouter des moyens sans savoir pourquoi ne sert à rien.

Quand l'école souffre, c'est toute la société qui boîte.

Or on ne guérit pas une cheville foulée en la plâtrant. On pourra peut-être marcher, mais on aura beau ajouter des couches de plâtre, on aura toujours mal et cela ne fera jamais l'effet qu'aurait pu faire un simple bandage.
Ce que je dis, c'est simplement: Faut-il pour cette raison décider qu'il vaut mieux se couper la jambe?

Je ne suis pas médecin mais il est possible que pour espérer guérir la cheville et faire qu'elle joue à nouveau son rôle comme elle avait pu le faire par le passé il faille enlever des couches de plâtre.
Il y a une chose de sûre en tout cas si l'on veut éviter de hurler de douleur il vaut mieux faire ça en douceur.

Parce que je ne suis pas médecin mais que j'appartiens au monde éducatif, j'ai bien quelques idées de ce qu'on pourrait faire pour l'école.
Mais il faudrait au moins un article, un commentaire n'y suffira sûrement pas.

Ecrit par : Florence | samedi, 22 novembre 2008

@ Philippe : j'admets que mon commentaire était lapidaire et pouvait prêter à confusion étant donné un certain discours ambiant : d'autres auraient fait le même mais pour d'autres raisons que moi... voire diamétralement opposées.

Je ne conteste pas que le système français ait beaucoup de défauts et j'affirme tout comme vous qu'il n'est pas nécessaire d'augmenter les moyens pour l'améliorer (d'ailleurs il n'en était pas question, Florence l'a rappelé) ; mais je ne peux pas laisser dire que c'est l'un des plus chers et l'un des moins efficaces car c'est faux. D'ailleurs on aimerait bien savoir selon quels critères... Vous en laissez entendre certains dans votre réponse, que je commenterai plus tard (malgré les nombreux clichés aussi).

Et sachez que la vision d'entreprise est loin de me faire horreur - d'ailleurs sinon je ne serai pas au MoDem mais au NPA...

N'oubliez jamais qu'on peut vous dire des choses identiques pour des raisons différentes, et des choses différentes pour des raisons identiques ; et avec toutes les combinaisons possibles de choses bonnes ou mauvaises, avec des raisons bonnes ou mauvaises... (au sens de justifié ou d'erroné)

Ecrit par : florent | samedi, 22 novembre 2008

@ Florence et Florent:
Le problème, et il faudra que vous en conveniez, est qu'à force de faire grève les Français n'ont plus confiance en vos revendications, qui apparaissent, dans le monde en crise, soit comme des revendications de nantis, soit des manœuvres de P.S. ou des syndicats avant des élections. Je sais, ça ne fait pas plaisir à entendre, mais c'est pourtant la réalité de l'opinion populaire française.

Chaque grève met en difficulté de façon grave de nombreuses familles, notamment les mères seules, qui élèvent leurs enfants sans soutient, gagnant le SMIG. Vous les entendriez les jours de grève...je n'ose pas répéter ici ce qu'elles disent! Elles ne votent pas socialiste, ni UMP, ni même MoDem. Elles sont tout simplement dégoutées, dégoutées de tout!

Alors oui, à force de crier au loup et de dire que l'on a mal partout, de faire grève à tout bout de champ, sans regarder les conséquences sociales dramatiques pour certains, plus personne n'y croit, et peu vous soutiennent!

La vraie souffrance est à une échelle bien supérieure, du côté des emplois précaires, sans aide, sans soutient, qui au moindre déséquilibre peuvent basculer du jour au lendemain dans la misère la plus totale.

Je suis pour la réforme en continu du système scolaire, car la société évolue continuellement et qu'il faut s'adapter sans cesse aux nouvelles réalités. C'est le quotidien des entreprises, pourquoi ne le serait ce pas pour l'éducation?

Ecrit par : philippe, | lundi, 24 novembre 2008

@Philippe : oui et non. C'est un peu comme le problème de la surexploitation des ressources dans les pays du "sud" : faut-il continuer afin de remplir les ventres aujourd'hui (bien compréhensible), tout en sachant qu'il n'y aura plus rien pour les remplir demain ? La grève a des effets néfastes immédiats, certes, mais la réforme qui en est la cause a elle aussi des effets néfastes, demain... et même dès aujourd'hui en fait, par exemple Florence a parlé des RASED... Ceci dit, au risque de choquer, je considère que cette problématique des difficultés "pratiques" causées par la grève est "annexe" : en effet on peut la régler assez simplement avec un peu de volonté, et le service minimum en est un exemple. S'il n'est pas appliqué, prenez-vous en aux vrais responsables (suivez mon regard...). Je vous suis un peu plus sur la dévalorisation de la grève par son recours fréquent et l'attitude bornée de certains syndicalistes, mais cela ne doit pas occulter le bien-fondé de certaines revendications ni le comportement plus responsable de la majorité de la profession. Quant aux difficultés liées aux emplois précaires et tout ça, je vous suis parfaitement, mais ce n'est pas du tout le sujet. Comme annoncé précédemment, il me faudra plus de temps pour vous répondre sur le parallèle éducation/entreprise - mais je peux déjà vous proposer de lire l'éditorial de Marianne de cette semaine.

Ecrit par : florent | lundi, 24 novembre 2008

@ Philippe: Quand vous dites qu'à force de "crier au loup", l'Education nationale a du mal à se faire entendre, je vous rejoins à 100%.
Je n'avais jamais fait grève avant ni pour des questions salariales, ni pour les retraites... et je regrette que cette grève puisse passer pour une grève "comme les autres".

Je défends l'école républicaine, celle qui pour moi reste -avec des insuffisances incontestables- le ciment de notre société. J'aimerais que nous soyons nombreux à le faire et j'espère que l'opinion comprendra qu'aujourd'hui c'est l'école (pas les profs) qu'il faut défendre.

Les réalités sociales difficiles que vous évoquez n'iront certainement pas en s'arrangeant si l'on retire à certains enfants la chance qui leur était offerte de s'intégrer au système scolaire, malgré les difficultés comportementales ou d'apprentissage, si on les "exclut" dès le départ en les ignorant. Il est clair que les enfants aidés par les RASED sont souvent des enfants dont les familles sont en souffrance.

En revanche, et c'est curieux, je ne me retrouve pas du tout dans votre rapprochement entre l'école et l'entreprise.
S'il y a un domaine où les lois du marché ne doivent pas selon moi s'appliquer c'est bien l'école.
Au point que je vous pose la question: êtes-vous favorable à une privatisation de l'éducation?

Il est évident que l'école doit évoluer, que par exemple le métier de professeur doit évoluer, parce qu'il faut accepter des évolutions effectives et non s'épuiser à y résister.

Mais je ne partage pas une vision purement utilitaire de l'éducation, qui est celle de Messieurs Sarkozy et Darcos.
Sans doute, parce que comme François Bayrou, je suis l'héritière d'une longue tradition de l'éducation humaniste et que je fais partie de ceux qui accordent à l'éducation une importance essentielle.

Ecrit par : Florence | lundi, 24 novembre 2008

"En revanche, et c'est curieux, je ne me retrouve pas du tout dans votre rapprochement entre l'école et l'entreprise."

C'est normal, et ce n'est pas de votre faute, vous ne connaissez pas l'entreprise, comme la plupart des enseignants d'ailleurs. Ce n'est pas un reproche, cela vient du système. C'est pourtant là que réside, toute la différence entre les systèmes scolaires efficaces qui intègrent le monde de l'entreprise et ceux, qui archaïques, considèrent que l'entreprise est le diable en personne.

En Allemagne, comme aux États Unis, la culture de l'entreprise est enseignée au cœur des écoles. Les enfants sont sensibilisés sans cesse aux différentes professions. Ils s'orientent bien mieux et le déchet scolaire est faible.

En grande intelligence, les Universités et les entreprises s'interpénètrent constamment. Les professeurs vendent leurs services aux entreprises, sans honte, et ne sont pas pour autant considérés comme des prostitués, à l'instar de la France... Le partenariat est fructueux pour tous, l'entreprise innove et développe des nouvelles technologies. L'Université, riche, propose aux étudiants des moyens pour un enseignent performant.

Alors oui, la culture de l'entreprise obligatoire, plutôt que des cours de musique, à souffler trois notes minables dans un pipeau...

Vous pouvez aussi lire le billet que j'ai écrit sur la discrimination du système scolaire:

http://lamecaniquedelorange.hautetfort.com/archive/2008/11/09/la-discrimination-du-systeme-scolaire-complement.html

Ecrit par : philippe, | lundi, 24 novembre 2008

Je ne suis pas vraiment fan des USA.
Mais surtout, l'enseignement primaire et secondaire ne sont pas l'université. Ce qui convient aux uns ne convient pas forcément aux autres. Par exemple, l'enseignement par semestre, s'il signifie un enseignement à la carte, me semble plus que mal adapté à des adolescents de lycée.
C'est précisément en mélangeant tout qu'on fait le jeu du sarkozysme.

Ecrit par : Florence | lundi, 24 novembre 2008

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