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jeudi, 01 novembre 2007

Chapitre 62: Les livres

Pourquoi j'aurais préféré ne rien avoir à reprocher à la future médiathèque de Saint Jean de Maurienne:

Quand j'étais gamine à l'école de mon village dans la classe des grands (CE2, CM1, CM2), je m'occupais de la bibliothèque. Chacun d'entre nous avait son « métier ». Samuel avait en charge le courrier, Nicolas le jardinage (je crois), Joëlle était notre infirmière pour les petits bobos (elle est devenue infirmière « pour de vrai »)... Ma meilleure amie Claire et moi, nous nous occupions des livres de la classe. Je les revois, bien rangés, les livres de la bibliothèque rose et de la bibliothèque verte sur lesquels nous veillions comme un trésor. Nous les prêtions à nos petits camarades et nous les réparions à grand renfort de scotch qui collait aux doigts. Aujourd'hui, je répare ceux de mes enfants mais j'avoue que je préfère laisser cette tâche à mon mari, comme s'il y avait trop de choses enfouies là-dessous.

La bibliothèque du village, c'était une petite salle sombre et froide dans une annexe à la salle des fêtes. On ne venait que pour emprunter des livres un soir par semaine, on ne les lisait pas sur place évidemment. Dans mon souvenir la salle n'avait pas de fenêtres. Je me rappelle de grandes étagères avec des livres recouverts de papier kraft et d'une dame extraordinaire qui me conseillait dans mes lectures. J'étais une boulimique de lecture. J'avais toujours à mon chevet une demi-douzaine de livres commencés. Je lisais de front plusieurs livres et, comme j'ai toujours éprouvé une sorte d'angoisse à terminer un livre, j'en ai conçu de sales manies, comme le fait de toujours ou presque commencer par « feuilleter », c'est-à-dire lire le début et la fin avant de lire le reste.

Quand j'étais lycéenne, la bibliothèque de Chambéry était à deux pas du lycée Vaugelas et je m'y installais dès que j'en avais l'occasion. Pendant mes études supérieures, je cumulais cinq ou six cartes de bibliothèque, ma chambre en cité U était envahie par des piles de livres sur la table-bureau, sur l'étagère, sur le sol. Vous me direz que ce n'est pas une façon de traiter les livres, c'est vrai, mais je ne bénéficiais pas du même confort qu'aujourd'hui. Il y avait la BU (bibliothèque universitaire), la petite BU, les bibliothèques de centre ville, la BM (bibliothèque municipale) de Grenoble où l'on vous apporte/apportait les livres de la réserve par un système de monte-plats. Pour moi, la première fois que j'ai débarqué à Grenoble, c'était quelque chose d'incroyable.

J'ai aussi eu la chance d'entrer dans des bibliothèques merveilleuses, comme celle du palais Farnèse, ambassade de France à Rome (merci à Martine et Isabelle C.) Des milliers de livres d'une beauté extraordinaire, des étagères qui montent partout jusqu'au plafond et une atmosphère qui rend le savoir entreposé là presque sensible. Je ne saurais dire si c'est plus beau ou plus imposant. En tout cas, il m'arrive souvent de repenser à ce lieu. Dans le cadre de mes recherches pour ma thèse1, pour consulter les tapuscrits de mon auteur Jacques-Louis D'Estrebay, j'ai « écumé » les bibliothèques à Grenoble, à Lyon, à Besançon... et à Paris, la BNF. C'est ce qui me plaisait dans l'idée de devenir chercheur: ces heures passées au milieu des livres, en leur compagnie. Dire que j'aime les livres, ce serait encore mentir.

Ceci pour affirmer sans ambiguïté aucune que, s'il n'y avait pas d'inquiétude par rapport à la future capacité financière de la ville et s'il n'y avait pas peut-être d'autres priorités, je m'enthousiasmerais pour un projet de nouvelle médiathèque à Saint Jean. D'ailleurs, ces réserves émises, si médiathèque il y a, je m'intéresse de près à ce qu'elle sera:

http://lemodemenmaurienne.hautetfort.com/archive/2007/08/...

Ne devait-il pas y avoir une réunion pour en discuter avec la population?

http://lemodemenmaurienne.hautetfort.com/archive/2007/08/...

Car la prochaine municipalité devra en faire une réussite.

1 Si vous tapez mon nom dans un moteur de recherche, vous ne tomberez que sur un article, j'ai abandonné ma thèse après la naissance de mon petit quatrième. Mais un jour je retournerai à la recherche. Tu vois, Martine, je n'ai pas complètement oublié :-)

Commentaires

Non je n'ai jamais pensé que tu avais oublié d'Estrebay. Mais il faut bien dire qu'il y a des périodes de l'existence où ce genre de personnage n'est pas très sexy. Et il y a des situations où les livres, quelque fort qu'on les aime, ne sont "que" des livres. A côté il y a des personnages agées à aider (et j'ai suffisamment pratiqué pour mesurer l'importance de la chose, pour les personnges âgées et pour les familles!), des difficultés sociales et/ou financières plus feutrées ou plus discrètes dont il ne faut pas obérer le redressement "pour des livres". De toutes les façons, l'amour des livres ça s'inocule: en général aux enfants plutôt jeunes, en même temps que les vaccins. Il suffit de peu de choses, et il n'est pas nécessaire qu'il y en ait beaucoup à la maison (expérience perso à l'appui, même si moi je n'arrive pas à en lire plusieurs à la fois...). Donc je ne suis pas choquée de l'idée de repenser la médiathèque pour le moment si St Jean risque un jour d'avoir du mal à cause de ce projet à assurer d'autres priorités, purement humaines. De toutes les façons, quelque part, le gamin qui doit tomber dans les livres y arrivera bien même avec un médiathèque plus petite, ou moins belle. Et un jour il ira au Farnese, ou faire des photos des 600000 volumes (anciens...) de la bibliothèque du Collège calviniste de Debrecen... Köszönöm les livres...

Ecrit par : martine | samedi, 03 novembre 2007