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lundi, 18 juin 2007

Chapitre 7 (suite): La droite, la gauche et moi

 Beaucoup d'électeurs centristes ont choisi hier de voter pour le candidat ou la candidate du PS dans un souci d'équilibre que je comprends. Mais je ne peux pas me réjouir d'une non-défaite à gauche (comme je l'appelais hier soir) qui retardera presque immanquablement une prise de conscience pourtant nécessaire: l'on ne peut pas s'entendre dans la division, ni vivre dans le passé. Entre querelles des chefs au PS et alliance contre nature des Verts avec les Communistes, on est repartis pour cinq ans de silence presque total ou d'opposition stérile (un peu comme mon fils de dix-huit mois en ce moment qui ne sait dire que « non » même quand c'est « oui »). Certaines idées de gauche ont de l'avenir et méritent de se faire entendre, d'autres pas: il faudrait sans doute faire le tri. Je crains, toujours traumatisée par le référendum sur la constitution européenne, qu'encore une fois cela se fasse autour d'intérêts personnels et non autour d'idées et de projets.

« Qui bene amat bene castigat »1, je « viens de la gauche » enfin si l'on veut: c'est vrai, j'ai voté pour Lionel Jospin en 1995 parce que je ne pensais pas que Jacques Chirac ferait un bon président. J'espérais qu'en 2002, le PS choisirait un autre candidat, j'ai voté pour Jospin sans enthousiasme et sans y croire. J'avais espéré qu'en véritable homme d'Etat il laisserait sa place à un Fabius (qui n'était pas encore à gauche de la gauche) ou à un Strauss-Kahn. Non, je n'ai pas de passé « trotskyste », quoique: un jour il faudra que je vous raconte comment lors de la campagne présidentielle de 1995 j'ai atterri à un meeting d'Arlette Laguillier en compagnie d'un ami gaulliste... J'ai été syndiquée un an au SNES, pas pour préparer une mutation, comme le font beaucoup de jeunes profs, mais parce que, légèrement utopiste sur les bords, je croyai en la nécessité d'échanger des idées et de représenter les profs, tous les profs, sans oublier l'intérêt général des élèves, parents d'élèves...Je n'y ai pas trouvé le dialogue que je cherchais. Il me semble évidemment nécessaire pour réformer l'enseignement, comme le souhaite François Bayrou, de prendre les syndicats enseignants comme partenaires mais il ne faudrait pas non plus surestimer leur représentativité.

J'ai rompu définitivement avec le PS (auquel je n'ai jamais adhéré) au moment du référendum sur la constitution européenne. Je suis, comme on dit, une européenne convaincue et je n'ai pas compris qu'on puisse marchander ses idées contre une position sensément à la corde pour les élections présidentielles, je n'ai pas compris qu'on puisse préférer dire « non » à Chirac plutôt que réfléchir en termes d'intérêt du pays. Se retrouver les derniers quand on a été les premiers. Je sais bien qu'un précepte de l'évangile nous y invite mais bon, cela n'a jamais été ma tasse de thé. Il n'y avait rien de si terrible, ni de si inacceptable dans cette constitution que cela justifiât de tels désaccords au sein d'un même parti et une telle division au sein des Français.

Je me rappelle au lycée en classe de Terminale avoir soutenu contre mon prof par bravade que, oui, l'on pouvait faire le bonheur des autres même contre leur volonté. Si je l'ai jamais pensé sérieusement, en tout cas je ne le pense plus, je pense que chacun doit faire un bout du chemin et ne pas tout attendre, en particulier de l'Etat. « Aide-toi et le ciel t'aidera »2. C'est sans doute cela ma rupture philosophique avec la gauche. Je commençais à penser que j'étais peut-être de droite: je ne suis pas opposée à toute privatisation des entreprises publiques bien au contraire3, je pense que l'Etat assistance c'est terminé, j'ai voté Chirac au deuxième tour des élections en 2002 sans état d'âme. Je me suis peut-être embourgeoisée: une belle maison, une grande famille, une employée à domicile pour m'aider pour le ménage, le repassage... Pourtant, mes idées sur la transmission du patrimoine ne sont pas de droite, pour mes amis qui votent à droite je paraissais toujours de gauche. Il m'a fallu des années pour comprendre que je n'étais ni de gauche, ni de droite, un vilain petit canard en somme, avide de trouver d'autres vilains petits canards. Si j'ai une chose à reprocher à Patrick Mignola, président de l'UDF Savoie, c'est de m'avoir à notre première rencontre cataloguée comme « venant de la gauche », en ayant seulement entendu mon mari dire que dans sa famille (pour dire la vérité une moitié de sa famille) on vote PS, certes il est prof, je suis prof, nous sommes profs...mais tous les profs (et fonctionnaires en général) ne sont pas de gauche et tous les entrepreneurs ne sont pas de droite, certains ont refusé et refusent toujours le clivage et l'appartenance qui leur est presque imposée, comme allant de soi. Maintenant, je le sais, je l'assume, je suis du centre et je souffre de le voir dans l'état où il est, je suis du centre, même pas du centre gauche, d'un centre indépendant, existant en lui-même en dehors de la gauche comme de la droite et défendant ses idées.

1« Qui aime bien châtie bien »

2 Je promets d'arrêter les citations, au moins pour aujourd'hui. C'est aussi dans l'évangile, non?

3 La privatisation d'EDF est une erreur que la Savoie, la Maurienne en particulier risquent de payer très cher car de la négociation du kwh (kilowattheure) dépend le maintien de certaines industries comme celle de l'aluminium (l'entreprise Alcan à Saint Jean-de-Maurienne).