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samedi, 09 juin 2007
Chapitre 3: L'égalité des chances
Je me suis engagée pour suivre François Bayrou parce qu'il m'a redonné confiance. Je pensais presque momifiées nos valeurs républicaines, dont on ne parlait plus. Je me souviens d'une copie d'histoire où une élève citait « travail, famille, patrie » comme devise de notre République. On en est déjà là. Ce n'est pas un lapsus mais le constat alarmant qu'on est tous en train d'oublier ce qui a fait notre force. J'ai de la peine en pensant à ce qu'on fait aujourd'hui de l'égalité, de l'égalité des chances, puisque c'est d'actualité en ces temps de remise en cause de la carte scolaire.
Rien n'était parfait sans doute et ne l'a jamais été, mais l'égalité des chances existait encore quand j'ai fait mes études. Comme Bayrou, c'est l'école républicaine qui m'a façonnée. Je suis née d'un père issu d'une famille d'agriculteurs, à qui l'on n'avait pas payé d'études et qui, depuis ses seize ans jusqu'à la retraite qu'il a pris l'an dernier, a travaillé comme ouvrier et d'une mère qui ayant obtenu son bac a enseigné la comptabilité à des C.A.P dans un établissement privé chambérien. Je ne suis pas née avec une cuillère en argent dans la bouche, j'ai simplement eu la chance de grandir dans une famille stable, bien intégrée, qui accordait la priorité à l'éducation et à l'instruction de ses enfants, faisait confiance à la République pour former ses citoyens et avait raison de lui faire confiance.
J'ai eu beaucoup de chance et un peu de mérite. J'ai pu accéder grâce à l'école républicaine à un monde qui m'aurait été fermé autrement. J'ai découvert le latin à onze ans en cinquième. Aucun de mes ancêtres proches, si ce n'est peut-être un lointain arrière-grand oncle, petit curé de campagne, n'avait jamais appris le latin. Bien que n'ayant jamais voyagé, je raffolais déjà de culture antique, de pyramides, de murs cyclopéens, de temples grecs et romains. Ce fut le coup de foudre, la passion absolue, rien ne m'en rebuta ni les tables de déclinaison, ni les tables de conjugaison, ni les interrogations systématiques du jeudi matin qui nous rendaient tous verts de peur, rien. Je suis entrée à dix-huit ans en classe préparatoire littéraire au lycée Champollion à Grenoble, je pensai faire Sciences Po, je n'ai même jamais passé le concours et j'ai fini mes deux ans de prépa, le temps d'apprendre le grec ancien et, après deux ans supplémentaires à la fac, quelques jours avant de fêter mes vingt-trois ans, j'ai su que j'étais admise à l'agrégation de Lettres Classiques. Je suis le pur produit d'une école, qui permettait encore de réussir sans tenir compte de l'origine sociale, d'une école exigeante qui formait réellement les jeunes. Aujourd'hui, bien plus qu'avant, c'est plus facile si l'on a des parents qui peuvent payer des cours particuliers et, après le bac, une formation privée et payante qui rassure les entreprises, des préparations privées et payantes aux concours...
L'école n'est pas en bon état. On parle de supprimer la carte scolaire parce qu'elle ne fonctionne pas bien et crée des établissements « ghettos », certains utilisant des passe-droit pour y échapper. Nul doute qu'une fois la carte supprimée, il n'y aura plus d'abus dans ce sens. Mais verra-t-on des queues de parents patienter des heures devant l'établissement scolaire de la ville qui a la plus mauvaise réputation pour y inscrire leurs enfants? L'école à problèmes deviendra-t-elle la plus demandée grâce à un grand élan civique? Mes enfants vont à l'école publique de mon quartier, ce n'est pas, paraît-il, la meilleure de la ville. Il est certain qu'elle hérite de problèmes sociaux d'un quartier tout proche. Je suis heureuse de voir que je pourrai les faire changer d'école, parce que je suis bien informée, que ce sont de bons éléments et que je me soucie de leur instruction! Pourquoi ne pas faire des écoles pour riches et « bons français », pour lesquels l'école n'est pas l'unique source d'accès à la formation et au savoir et des écoles pour « moins bien nés » qui ne connaîtront jamais rien d'autre? Pourquoi ne pas carrément donner aux parents le choix de scolariser ou non leurs enfants? Ce doit être ça la liberté! Sans même parler de l'absurdité que la suppression de la carte constituerait en termes de gestion et de coût pour tous. On supprime une classe ici, on en ouvre une autre là en fonction des lunes et des années...
On parle de cours de soutien gratuits. On marche sur la tête. N'est-il pas aisé de voir ce qui fait que l'école républicaine ne fonctionne plus? Sous prétexte de faire arriver tout le monde, avec en point de mire le pourcentage de réussite au bac, on ne demande plus rien ou presque aux enfants dès la maternelle et le socle commun se réduit de jour en jour. « Si tu n'y arrives pas, va faire un beau dessin ». Les mots « effort, travail » oubliés mais c'est un autre sujet. Certains peuvent se le permettre, d'autres non. On favorise ceux qui trouvent dans leurs familles un appui solide. Les jeunes ne sont pas devenus tout à coup des incapables, ils sont victimes de l'idée d'égalité qui s'est pervertie, l'égalité est devenue un nivellement par le bas qui ne permet plus à l'école de remplir ses objectifs et qui est un piège pour ceux qui n'ont pas les moyens de s'instruire autrement. Quelle hypocrisie de proposer comme remède quelques heures de soutien!
Oui, il faut des moyens pour l'éducation, pour redresser une situation qui empirait, avant même qu'on n'envisage les mesures qu'on envisage aujourd'hui, car l'école ne doit pas proclamer une égalité toute théorique, elle doit tenir compte de la diversité de chacun de nous, qui n'avons pas tous grandi entourés de livres, qui n'avons pas tous appris au même rythme, qui n'avons pas tous eu une famille unie et la sécurité qu'apporte l'argent, même pas la certitude de pouvoir s'acheter une gomme ou de manger à midi. C'est du Zola, du Victor Hugo, du Dickens. Non, c'est la maîtresse de ma fille, c'est la réalité de certains gamins qui ont d'autres soucis qu'apprendre à lire et à compter. Ce n'est pas à l'école de soulager tous les maux, peut-être, mais l'école doit autant que possible corriger les inégalités devant l'apprentissage et il s'agit là d'une tâche écrasante devant laquelle elle recule de plus en plus.
Il faut savoir si l'on se contente d'une égalité de façade ou si l'on veut d'une égalité qui tient compte des différences et apporte à chacun ce dont il a besoin, d'une école qui ne considère comme étrangères ni l'excellence car on en a besoin, ni la difficulté car elle est multipliée dans une société en crise.
21:05 Ecrit par Florence Arnoux Le Bras dans Journal d'une bayrouiste | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : bayrou, égalité, carte scolaire, soutien gratuit |
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Commentaires
C'est sûr que maintenant il n'y a plus de travail, les familles sont explosées, et parler de patrie, ça fait fasciste... alors, cela ne risque pas d'être la devise de la république...
Pourtant, quand on y pense, il n'y a rien de mal à cette devise. Et l'élève qui citait cette devise, finalement faisait peut-être un voeu pieux !
Ecrit par : stephane | samedi, 09 juin 2007
Ce qui me dérange, ce n'est pas tellement que l'on cite cette devise : bien qu'elle ne rappelle pas de bons souvenirs et qu'elle ne puisse pas aujourd'hui, pas plus qu'hier, rassembler tous les Français, ce qui me choque c'est qu'une citoyenne de notre République, aussi jeune soit-elle, puisse oublier, même un instant, ce qui fonde notre identité.
Ecrit par : florence | dimanche, 10 juin 2007

